Aller au contenu
Bilan de compétences

Bilan de compétences : accompagnant ou gourou ?

Temps de lecture : 4 minutes

La posture change tout !!

Je suis Caroline Guichet, psychologue du travail, associée du cabinet Emergences RH, formatrice et praticienne en bilan de compétences au sein du cabinet Emergences RH.

Depuis plus de vingt ans, j’accompagne des professionnels en transition professionnelle, en réflexion sur leur orientation de carrière ou en phase de repositionnement stratégique.

Et avec le temps, une conviction s’est imposée : Un bilan de compétences ne transforme pas une carrière par ses outils. Il la transforme par la posture de l’accompagnant.

  • La vraie question n’est pas “Quelle méthode va-t-on utiliser ?”
  • La vraie question n’est pas non plus “Est-ce que cet accompagnement est motivant ?”
  • La vraie question est celle-ci : la personne qui vous accompagne vous aide-t-elle à penser et décider par vous-même… ou influence-t-elle vos décisions à votre place ?

Parce qu’en matière de bilan de compétences, d’orientation de carrière et de transition professionnelle, tout se joue là.

  • Un bon accompagnement éclaire. Il ne dirige pas.
  • Un accompagnement éthique structure votre réflexion. Il ne remplace pas votre jugement.

Le bilan de compétences : un cadre légal au service de l’orientation de carrière

Le bilan de compétences est encadré par le Code du travail (articles L6313-1, L6313-4 à L6313-6 et R6313-4 à R6313-8). Ce cadre n’est pas administratif. Il est protecteur.

Il impose :

  • une phase préliminaire,
  • une phase d’investigation,
  • une phase de conclusion avec document de synthèse,
  • une confidentialité stricte,
  • une finalité orientée projet professionnel.

Autrement dit : Un bilan de compétence vise l’élaboration d’un projet structuré dans une logique d’orientation carrière.

Dans les témoignages que je reçois, une phrase revient souvent : “Ce bilan ne m’a pas dit quoi faire. Il m’a permis de comprendre pourquoi je choisissais.”¹ Ou encore : “Je suis arrivée perdue. Je repars avec une stratégie.”²

C’est exactement cela : Passer du flou à la structuration.

Pourquoi le législateur distingue bilan de compétences et coaching

La distinction entre bilan de compétences et coaching n’est pas un détail.

La Caisse des Dépôts, gestionnaire du CPF, veille à ce que les prestations financées respectent strictement la définition légale du bilan de compétence.

Pourquoi ? Parce qu’un bilan de compétences engage :

  • une méthodologie structurée,
  • une obligation de neutralité,
  • une formalisation écrite,
  • une finalité professionnelle claire.

Le coaching ne relève pas du même encadrement juridique. Cette séparation protège les bénéficiaires en période de transition professionnelle, moment souvent sensible dans une carrière. Elle évite :

  • les promesses spectaculaires,
  • la confusion des rôles,
  • les dérives d’influence.

Dans un contexte d’orientation carrière, cette distinction est essentielle.

Le risque du “gourou” dans l’orientation carrière

Le film Le Gourou met en lumière une question essentielle : Quelle est la légitimité de celui qui accompagne ?

Les scènes où la magistrate interroge le personnage sur sa formation et sur la frontière entre coaching et thérapie soulèvent un débat fondamental : Accompagner, est-ce influencer ?

Dans le champ du bilan de compétence et de l’orientation carrière, le danger apparaît lorsque :

  • l’accompagnant devient une figure d’autorité incontestable,
  • la méthode est présentée comme universelle,
  • la relation glisse vers l’adhésion.

Un accompagnement sérieux ne cherche pas à convaincre. Il cherche à éclairer.

Autre dérive possible : le positivisme toxique

Dans une transition professionnelle, le doute est normal. L’inconfort fait partie du processus.

  • Julia de Funès* rappelle que c’est en se confrontant au réel — et non en l’évitant — que l’on construit une pensée solide.
  • Hannah Arendt** évoquait déjà la responsabilité de penser par soi-même, même dans l’incertitude.
  • Nietzsche*** insistait sur l’épreuve comme moteur de dépassement.

En bilan de compétences, cela signifie une chose simple :

  • On ne contourne pas les contraintes du marché.
  • On ne maquille pas les incohérences.
  • On n’impose pas un optimisme artificiel.

On travaille la lucidité. Et c’est cette lucidité qui sécurise une orientation de carrière durable.

Conclusion : ce qu’est un bilan de compétences réussi (selon moi)

Un bilan de compétence réussi ne produit pas d’admiration. Il produit de l’autonomie. Il ne crée pas une dépendance à l’accompagnant. Il renforce la capacité à décider.

Dans les retours que je reçois, les indicateurs sont souvent discrets :

  • “Je sais maintenant ce qui est non négociable pour moi.”
  • “Je comprends mieux mes choix passés.”
  • “Je ne cherche plus à être rassurée, je décide.”

Un bilan de compétences efficace en période de transition professionnelle n’est pas spectaculaire. Il est structurant. Il permet d’articuler :

  • connaissance de soi,
  • compréhension du marché,
  • cohérence stratégique,
  • responsabilité dans son orientation carrière.

Je vous laisse avec une question ouverte. Après avoir vu Le Gourou, ou après avoir vécu vous-même un accompagnement (bilan de compétences, coaching, mentorat…) :

  • Vous êtes-vous senti(e) plus libre dans vos décisions… ou plus influencé(e) ?
  • Selon vous, dans une réflexion d’orientation carrière, qu’est-ce qui fait réellement la différence : la méthode… ou la posture ?

Je serai hyper intéressée de lire vos expériences.

Notes

¹ Citation extraite de "Le bilan de compétences : un investissement sur soi qui transforme vraiment votre carrière" : https://emergences-rh.com/le-bilan-de-competences-un-investissement-sur-soi-qui-transforme-vraiment-votre-carriere/

² Citation extraite de "Comment trouver sa voie en 3 étapes" : https://emergences-rh.com/comment-trouver-sa-voie-en-3-etapes/

*Julia de Funès : philosophe française, auteure notamment de Le développement (im)personnel, elle analyse les dérives du développement personnel et défend une pensée ancrée dans le réel.

** Hannah Arendt : philosophe et théoricienne politique, auteure de La condition de l’homme moderne, elle développe une réflexion sur la responsabilité individuelle et la capacité de jugement.

*** Friedrich Nietzsche : philosophe allemand, auteur de Ainsi parlait Zarathoustra, il explore l’idée du dépassement de soi par la confrontation à l’épreuve.

**** Maela Paul : Docteure en Sciences de l’Éducation, chercheuse et autrice de référence sur la relation d’accompagnement, elle a formalisé une éthique professionnelle centrée sur la dignité et l’autonomie des personnes accompagnées.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Required fields are marked *

BÉNÉFICIEZ EN AVANT-PREMIÈRE DE NOS OPPORTUNITÉS ET CONSEILS !